Sur les routes du Pakistan

Dernièrement, j’ai eu la chance de m’envoler pour le Pakistan, pays héritant d’une réputation d’instabilité bien que les zones de conflits ne concernent qu’une partie du territoire.

Avec quelques 200 millions d’habitants, le Pakistan est jeune tant par la date de sa création (1947) que par sa population.
Ce que j’y ai vu ? Des locaux extrêmement accueillants et généreux, des paysages majestueux à couper le souffle et un patrimoine préservé avec des trésors architecturaux datant pour certains de l’Empire moghol.

Arrivée à Islamabad, la première chose qui me frappe c’est l’accueil chaleureux des Pakistanais, pour la plupart heureux à l’idée de nous faire découvrir leur pays. J’avais tellement entendu de choses négatives sur le Pakistan que je me posais des questions. Je remarque un nombre incalculable de truck art ou « camions d’art », ornés de motifs floraux colorés et de calligraphies.
Brève visite de la capitale, Islamabad, qui reste très moderne. La ville n’est pas très dépaysante mais la mosquée Faisal vaut le détour. C’est pour moi l’occasion de rencontrer les locaux et d’échanger avec eux.

Envol pour Gilgit, ce que je vois à travers le hublot de l’avion me laisse sans voix : un paysage incroyable et des sommets à perte de vue. C’est probablement l’un des plus beaux vols que j’ai fait.

Nous voilà arrivés sur les terres reculées du Nord Pakistan, dans la région du Gilgit-Baltistan. C’est ici que se croisent les chaînes de l’Himalaya, du Karakoram et de l’Hindou Kouch.
Le territoire abrite cinq des quatorze sommets répertoriés au monde atteignant plus de 8000 mètres d’altitude, dont le fameux K2 (8 611 m.), le Nanga Parbat (8 125 m.), le Gasherbrum I (8 068 m.), le Broad Peak (8 047 m.) et le Gasherbrum II (8 035 m.). Mais ce n’est pas tout, on est aussi entourés d’une centaine de sommets de plus de 7 000 m. d’altitude. Époustouflant !

Direction Karimabad. Nous empruntons la célèbre Karakoram Highway qui relie Islamabad à Kashgar en Chine en traversant le Gilgit-Baltistan. Construite sur vingt ans par les armées pakistanaises et chinoises, elle suit l’itinéraire de l’ancienne Route de la soie.

Arrêt au fort Baltit, inscrit depuis 2004 sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO. Une petite rue pavée et assez raide nous y mène. Surplombant la vallée de la Hunza, le bâtiment d’influence bouddhiste est doté de superbes balcons en bois délicatement sculptés. Le gardien du fort nous raconte son histoire avec passion avant de nous offrir une tasse de thé au dernier étage.

Direction Skardu par la seule route qui la relie à Gilgit. Nous nous enfonçons petit à petit au milieu d’un paysage aride. Les villages de l’autre côté du fleuve se font rares et sont perchés sur les pentes abruptes des montagnes. Mention spéciale à notre très bon chauffeur.

Au fil du périple dans le Nord, je m’aperçois jour après jour de ce qui fait son charme et sa singularité : les montagnes majestueuses évidemment, mais aussi les petits villages isolés où les habitants vivent simplement, loin de notre quotidien connecté. Des hommes et des femmes cultivent leurs propres terres. Certains enfants jouent au foot quand d’autres, vêtus de leur bel uniforme, rentrent de l’école et me sourient timidement. Des vaches et des yaks se promènent librement dans les ruelles des villages. Certaines femmes rient entre elles pendant qu’une autre lave le linge de la famille près d’un ruisseau.

Pour profiter pleinement de ce territoire paisible, nous nous levons aux aurores afin de faire quelques randonnées et profiter de la belle lumière du matin : Thok Sikar à Khaplu, Thalay-La à Shigar, une randonnée vers le village biologique de Nangsoq et la montée dans le fort de Kharpocho à Skardu.

Nous partons maintenant vers le Sud. Le Pakistan n’est pas seulement connu pour ses montagnes grandioses. Il regorge aussi de beautés architecturales, de sites archéologiques, de villes denses, de marchés plein de vie…

Nous voilà arrivés à Lahore dans la région du Penjab. Découverte de la mosquée Badshahi sous une chaleur caniculaire, si bien que je suis obligée de porter des chaussons prêtés à l’entrée pour ne pas me brûler les pieds. La mosquée fut construite sous le règne de l’empereur Aurangzeb entre 1671 et 1673. Son architecture moghole est remarquable.

Le Penjab possède le seul poste-frontière terrestre entre l’Inde et le Pakistan, où se déroule une cérémonie étonnante. Des gardes pakistanais et indiens « s’affrontent amicalement » avec des chorégraphies parfaitement exécutées. Bien qu’ils soient très nationalistes dans leurs gestes, ils montrent des signes de respect les uns envers les autres, en se serrant la main notamment. Durant le spectacle, tous les Pakistanais, fiers de leur pays, clament à de multiples reprises Pakistan Zindabad ! (vive le Pakistan !), tandis que les Indiens répondent par leur propre slogan patriotique. A la fin de la cérémonie, les gardent des deux pays procèdent au « baisser des couleurs ».

Arrivée à Multan, ville considérée comme le berceau du soufisme en raison de ses nombreux mausolées soufis (le soufisme est une représentation mystique de l’Islam). Nous visitons les magnifiques mausolées de Shah Rukn-e-Alam et de Bahauddin Zakariya, ornés de mosaïques blanches et bleues.

Balade en ville obligatoirement accompagnée par la police ; sécurité oblige !. Je n’ai cependant pas ressenti de danger particulier. Ce qui m’a plutôt frappée, c’est l’absence de femmes et d’enfants dans les rues. Seuls les hommes y déambulent semble-t-il.

A Bahawalpur, nous avons l’occasion de visiter une fabrique de poteries bleues, très réputée dans le pays. Rencontre avec les artisans tout au long des étapes de fabrication. Celui qui peint les différents motifs m’explique qu’il fait ce métier depuis 30 ans, ça se voit évidemment à la vitesse de ses gestes. Il est entouré d’étudiants à qui il apprend son métier.

Quelques kilomètres plus tard et nous voilà dans le désert du Cholistan pour visiter l’imposant fort de Derawar aux quarante bastions. A proximité du fort, une mosquée de marbre blanc vaut la peine qu’on s’y attarde ainsi que le cimetière royal des Abbassi, dont les mausolées sont aussi beaux à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Dernière étape du voyage : Karachi, la capitale économique du pays. Nous sommes maintenant dans la province du Sindh à l’extrême Sud du pays. A cette période de l’année, la chaleur est étouffante et l’air particulièrement humide.

Le mausolée Quaid-e-Azam, entièrement construit en marbre blanc, est le lieu emblématique du pays puisque c’est ici que repose le père fondateur du Pakistan, Muhammad Ali Jinnah. Plusieurs cérémonies conduites par une garde d’honneur ont lieu quotidiennement. Nous avons la chance d’assister à l’une d’elle.

Balade dans l’Empress Market, l’un des marchés plein de vie et haut en couleurs de Karachi. On y trouve toutes sortes d’étales de fruits secs, épices, riz, légumes, bibelots, etc. C’est ici que nous avons bu le meilleur Chai de tout le voyage !

A une centaine de kilomètres de Karachi, nous découvrons la nécropole de Makli sous une chaleur écrasante (41° C. à cette période de l’année ; début octobre), ce qui gâche malheureusement la visite. Il faut savoir que cette nécropole est l’une des plus grandes au monde et abriterait plus d’un million de tombes. Les influences architecturales sont diverses (moghole et hindoue entre autres).

Visite de la dernière mosquée du voyage : la mosquée Shah Jahan. Ce dernier, fils de l’Empereur Jahangir, fut le cinquième Empereur moghol entre 1628 et 1658. Il est connu pour avoir fait construire plusieurs joyaux de l’architecture moghole comme le célèbre Taj Mahal.

La mosquée Shah Jahan est pour moi l’une des plus belles que j’ai pu voir au Pakistan avec la mosquée Badshahi de Lahore. Shah Jahan la fit construire durant son règne. Construite en briques rouges, elle est parsemée de mosaïques bleues et blanches.

Petit aparté à propos de la nourriture. Moi qui ne suis pas du tout une adepte des plats pimentés, j’ai dû m’y habituer pendant deux semaines. Cela fait bien sûr partie de la culture locale et les plats de viande en sauce sont excellents, tout comme les plats à base de légumes. On peut toujours adoucir le goût pimenté avec du raïta (mélange de yaourt et de légumes), accompagné des délicieux chapatis, parathas et papadum qui ne sont, eux, pas du tout épicés.

Vous l’aurez sans doute compris au travers de cet article : le Pakistan ne se réduit pas à ce que nous lisons dans les journaux ou à ce que nous voyons à la télévision. Evidemment, il y a encore des zones de conflits, notamment dans l’Ouest du pays, mais la partie Est qui regorge de sites magnifiques, d’une nature grandiose et d’une population attachante, est tout à fait sécurisée.

Le pays de Muhammad Ali Jinnah n’est peut-être pas le premier qui nous vient en tête comme lieu de villégiature, mais qui sait ? Cela peut changer.

Valentine Rémery

 

Retrouvez nos deux voyages au Pakistan :
https://www.explo.com/circuit-pakistan-de-la-civilisation-de-l-indus-au-pakistan
https://www.explo.com/circuit-pakistan-vallees-de-l-hindou-kouch-et-du-karakorum

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