Hiver mongol, au-delà du froid

Partir en Mongolie en hiver… certains parleront d’inconscience, d’autres de défi. En réalité, c’est une expérience rare, presque initiatique. Oui, il faut accepter le froid, parfois jusqu’à -25°C. Mais ici, chaque instant vécu vaut largement cet effort. Le dépaysement est total, immédiat, saisissant.

Dès la sortie de l’aéroport d’Oulan-Bator, l’hiver prend tout son sens. Mordant, sec, absolu. La capitale, en pleine mutation, ne retient pas longtemps le voyageur : circulation dense, silhouettes d’immeubles disparates, héritage soviétique encore visible. Et pourtant, le décor naturel est grandiose, encerclé de montagnes enneigées. Sur la place centrale, Gengis Khan veille, figure réhabilitée et profondément ancrée dans l’identité nationale.

Très vite, la route nous emporte vers le nord-est. Le voyage devient contemplation. À perte de vue, la steppe blanche s’étire sous un ciel immense. Des troupeaux de chevaux aux poils épais, de yacks robustes, de chèvres cachemire et de moutons avancent librement, traversant la route sans se presser, imposant leur rythme.

Premier arrêt au monastère d’Amarbayasgalant, l’un des plus anciens du pays et classé à l'UNESCO. Épargné par les purges staliniennes, il se niche dans un vallon protégé, entouré de montagnes. L’accès est chaotique, mais les fidèles continuent d’y venir, comme hors du temps.

Puis étape à Erdenet, deuxième ville du pays, dominée par l’immense mine de cuivre à ciel ouvert. Le contraste est saisissant entre cette activité industrielle et l’immensité intacte des paysages alentour.

Le lac Khovsgol, monde de glace


Aux confins nord du pays, à la frontière russe, apparaît le lac Khovsgol, surnommé le « petit frère du Baïkal ».  Beaucoup plus petit (136 km de long ) et bien moins profond (230 m), il a pourtant les mêmes caractéristiques : l’eau est très pure, il gèle en hiver et devient alors une voie de communication pratique et rapide.

Marcher – ou rouler – sur cette étendue figée est une sensation troublante. Sous les pieds, la glace vit : elle craque, se fissure, forme des crêtes. L’expérience est à la fois impressionnante et profondément vivante.

Le festival de glace


Après le Nouvel An lunaire, le lac devient le théâtre d’un festival unique. Toutes les populations alentour s’y retrouvent et se lancent des défis : compétitions de tir à l’arc, de patinage de vitesse,  courses de traineau, concours du plus beau traineau… Les participants, vêtus de leurs plus beaux del, offrent un spectacle haut en couleur. Malgré le froid, l’ambiance est chaleureuse, joyeuse, sincère. On s'y amuse en s'essayant au volley-ball sur la glace ou au tir à la corde ou encore en achetant de l'artisanat local (objets en feutre et en os, vêtements traditionnels...).

On se surprend à oublier la température. Et lorsqu’il faut se réchauffer, une yourte ouverte suffit : un beignet à la viande, un thé brûlant, et l’on repart.

Aux confins du monde, chez les Tsaatans


Quitter le lac est déjà un arrachement. Mais le voyage continue, plus loin encore, vers les terres des Tsaatans, les éleveurs de rennes. Il en reste assez peu en Mongolie, environ 30 000 au nord et vers l’Altaï.

Ici, aucune route. On progresse sur la glace, puis sur des pistes incertaines, parfois de simples rivières gelées. Les paysages deviennent de plus en plus sauvages, jusqu’au col de Chiglig, à près de 1900 mètres. Puis soudain, un plateau immaculé s’ouvre devant nous : le silence, la blancheur, l’infini.

Une petite ville s’y est développée, c’est le sum Renchinlhumbe. Ici, que des rues en terre battues et des maisonnettes en rondins de bois, entourées d’une clôture. Le calme règne et l’on se poserait bien quelques jours. La période soviétique a marqué le paysage jusque-là, dans la mairie ou la maison du parti, mais cela ne retire rien au charme du lieu. À Renchinlhumbe,  le temps semble suspendu. Plus loin, la rivière Jarkant serpente sans geler, laissant s’élever des volutes de vapeur dans un décor presque irréel.

Mais la route est encore longue jusqu’aux Tsataans. Nous passons un village plus petit, Tsagaan Nuur et deux heures plus tard nous voici enfin au milieu de la forêt peuplée de rennes en liberté et de petits tipis.

L’accueil est simple, direct. Autour du poêle, on partage un moment de vie. Leur quotidien est exigeant, rythmé par les saisons et les déplacements. Ici, pas de yourtes mais des tipis, pas de confort superflu, mais une relation intime avec la nature. Une solidarité forte unit ces communautés.

Leur mode de vie évolue, les jeunes hésitent à perpétuer cette existence rude. Et l’on mesure, avec humilité, la chance d’accéder à cet univers.

Une expérience rare


Ce voyage n’est pas un voyage comme les autres. Il demande une certaine capacité d’adaptation, une envie d’aller au-delà du confort habituel.

Mais la récompense est immense : des paysages vierges, des rencontres authentiques et ce sentiment rare d’être, vraiment, ailleurs.

Une Mongolie d’hiver, brute et lumineuse, ne se raconte pas seulement — elle se vit.

Article rédigé par
Nathalie Evrard
Directrice adjointe de production
Mis à jour le :
15/4/26
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